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lundi 22 octobre 2007

Paul McCartney. L 'Olympia. Paris.










Ce qu’en a pensé Eric :


« Quand Paul McCartney a raconté que l'une des choses qui l'avaient le plus ému, c'est que des gens lui avaient dit avoir appris l'anglais sur ses chansons, je savais qu'il parlait pour moi. Le seul problème, c'est que nous étions un bon millier dans l'Olympia a avoir cette même impression à cet exact moment. Et ça, forcément, ça casse la magie ! Heureusement qu'il a enchainé tout de suite par Michelle, et qu'un peu de la douce nostalgie de mes 13 ans a coulé dans mes veines, diluant l'amertume de la banalité,...

C'est grâce à la générosité de Gaby, qui avait passé la nuit entière sur le trottoir du Boulevard des Capucines dans le froid glacial, en compagnie de centaines de fans venus de la France entière (et devant les caméras des télévisions toujours prêtes à se gausser de la ferveur "du peuple") pour que son papa puisse assister au concert "exceptionnel" de McCa, et aussi, avouons-le, grâce à pas mal de chance, je me suis retrouvé, incrédule, à ma place habituelle, au premier rang de la fosse de l'Olympia. Seules ombres au tableau, l'absence des copains (seul Vincent était là, à son poste habituel, près de la table de mixage), et le niveau général de mes voisins, qui semblent croire que l'évolution de la musique s'est arrêtée aux Who et aux Stones circa 1970. Mieux vaut dans ces cas-là se retrancher dans sa tête, repenser à l'extraordinaire concert de QueenAdreena deux jours plus tôt, et prendre son mal en patience.
Mais je n'étais bien sûr qu'au début de mes peines : à chaque arrivée d'invité "prestigieux" (M, Salvador, Audrey Tautou, Nagui, Douste-Blazy, Chabanel...), je me suis retrouvé au sein d'une foule applaudissant ses "idoles", tellement heureuse apparemment de partager un "grand évènement" avec des "people" ! Bref, un autre grand moment de solitude, où le rocker se retrouve affreusement démuni face à la "masse" des gens "normaux", qui viennent envahir d'un coup le paradis artificiel du rock'n'roll !
20 h 30. La foule tappe dans les mains et démarre un "Hey Jude" spontané qui évoque plus l'attente d'un match de foot que la sensibilité des Fab Four au sommet de leur inspiration...
20 h 45. McCa entre en scène, quelques kilos en moins (l'effet divorce ?) et un vague air de Hugh Grant avec sa mèche folle. "When I'm 64.... 65" : pas trop mal conservé, donc, même si la voix a pris le coup de vieux que le physique avenant dissimule... Ce soir, c'est bien le sosie de Paul qui chante, celui dont on avait toujours pensé qu'il avait remplacé le divin génie de McCartney en 69. Ce soir, pas de magie pour nous, malgré la salle impériale de l'Olympia, malgré les heures d'attente dans le froid. Pour preuve, une intro classieuse complètement ratée : McCa seul en costard devant le sublime rideau rouge, pour un Blackbird au plumage terni, copie appliquée d'un souffle de poésie fragile, éteint par le temps.

Le rideau s'ouvre, et on est soulagé de découvrir le groupe - superbe, magique - qui a ramené McCa sur la voie de la grandeur depuis 5 ans. Ils sont tous là, comme sur les DVDs des tournées précédentes, ces musiciens qui arrivent à jouer les chansons des Beatles avec légèreté et énergie, comme si 40 ans d'histoire n'avaient plus aucun poids. Las ! Ce soir - la faute peut-être à l'aspect "promo" de ce concert enregistré par Canal+ -, on n'assistera pas au miracle, et pas mal de chansons immortelles se contenteront d'un petit tour de piste en pilotage automatique. On retiendra un Back in the USSR, toujours incendiaire, une version d'Eleanor Rigby intouchable, et, á la fin, un I Saw Her Standing There, avec un peu de ferveur en sus. A l'inverse de ces beaux moments, Live and Let Die se résumera au cirque grossier habituel (pétards et feux d'artifices, la foule exhulte, on est bien chez James Bond, ouf !), Hey Jude et Let It Be paraitront complètement usées, "crowd pleasers" ayant définitivement perdu leur innocence.

Mon coup de coeur de la soirée, avant même un Flaming Pie toujours aussi brutal et simpliste, sera le très beau et sous-estimé Calico Skies, une chanson sublime, et sans doute désormais plus pertinente, parce que composée pour la voix brisée d'un homme vieillissant de 65 ans. Et quand McCa chante "I will hold you / for as long as you like", on sent la douleur poignante de la perte de Linda (sans doute ravivée par la trahison de Heather), la seule pour laquelle ces mots ont jamais eu un sens pour Paul. 3 minutes bouleversantes donc, même si sans doute un peu passé inapercues pour les dizaines de malheureux qui m'entouraient, frappant dans leurs mains à contre-temps, et s'extasiant sur les chansons d'une jeunesse qui ne reviendra plus.
Mais McCartney n'a jamais été un imbécile ou un naïf, malgré les apparences et ses compliments convenus et lénifiants sur Paris, l'Olympia, les Français qui parlent anglais, etc. : il suffit de l'écouter raconter sa rencontre avec l'un de ses grands fans, Ministre de la Défense de la Russie de Poutine, et murmurer d'un air faussement étonné : "Peace, man, Peace !" pour saisir d'un coup le terrible destin d'un homme qui a enchanté le monde avec une dizaine de chansons parfaites, et doit réaliser, à 65 ans, que même la plus divine musique ne le changera pas, le monde.

En sortant de cette heure et demi aussi décevante qu'absolument indispensable (comment avoir prétendre avoir vécu une vie de Rock'n'Roll sans avoir jamais vu et écouté Paul McCartney sur scène interpréter Lady Madonna ou I Got a Feeling ?), alors que le froid d'Octobre saisit les quinquagénaires qui se dispersent, vaguement hagards, dans la nuit, j'ai réalisé qu'un jour, même les plus beaux mensonges devaient mourir : comme les Stones, les Beatles nous ont fait rêver que le temps n'aurait jamais de prise sur nous, comme Jagger, McCartney s'essouflent à courir devant la vieillesse et la mort sur toutes les scènes du monde, mais l'illusion de l'éternité pop finit un jour par se diluer. Ne reste alors que la musique pour calmer nos souffrances.

"I Will Hold You / For the Rest of My Life"... »



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