
20h00 : les lumières s’éteignent, la première partie, c’est Appaloosa, un duo français électro-toy-pop français, montés sur le « traineau Yelle » : une chanteuse avec une voix horrible marchant d'un côté à l'autre de la scène, des textes kitch d’une nullité absolue, sans intérêt. Le set électro, malgré les efforts musicaux du « petit jeune » à la guitare, aux keyboards et au laptop (plutôt originaux), est copieusement hué et sifflé par le public. Bon, ils sont restés jusqu'au bout, 37 minutes de ridicule. N’a-t-on pas le droit, pour le prix, de s’attendre à une première partie digne de ce nom et non à n’importe quoi pour remplir la soirée ? S’agit-il d’une amie de Chan ? Ce soir grotesque, presque un assaut de méchanceté, avec la complicité narquoise du responsable de la tournée.
21h00 : les lights s'éteignent pour la deuxième fois. Dans la salle, la température monte, et la scène prend une dominante de couleur vert kaki. Je m'installe bien au premier rang. Apparaît alors - comme une féline - Chan, alias Cat Power, qui arpente la scène sur toute sa largeur, chemise verte, cravate noir au cou, jeans noir et baskets blanches. Elle est particulièrement attirante, par sa gestuelle abondante (peut-être pas sexy, mais...), qui se veut féline, comme son nom. Tout le charisme et la beauté de sa voix sont bien là. L'effet est immédiat, elle est très applaudie par le public. C’est avec le Dirty Delta Blues Band, un assemblage de musiciens déjà connus par ailleurs qui l’accompagnent sur l’album « Jukebox », que Cat Power se produit ce soir. Tout aussi, sinon plus impressionnant que Chan, il y a Judah Bauer, qui avait fait la gloire du Jon Spencer Blues Explosion, caché derrière ses lunettes de soleil foncées, à la guitare, Gregg Foreman (ex Delta 72) aux claviers, Erik Paparazzi (Ex Lizard Music) à la basse et l’australien Jim White (ex Dirty Three ) au percussions. Ces musiciens, sur scène ce soir, sont tous plus brillants les uns que les autres, mais bien sûr, c’est Chan qui se trouve sous la lumière des projecteurs.



Un impeccable Song To Bobby arrive, petite perle écrite par Chan… (« I wanna tell you, I've always wanted to tell you, But I never had the chance to say… ») : dédié à Bob Dylan, dépouillé en prime, l’un de mes titres favoris, qui me donne la chair de poule... Avec aussi Metal Heart, éblouissante relecture de l’album « Moon Pix » de 1999, avec cette intro grandiose au piano par Gregg, d’une grande intensité, puis l’arrivée de la basse, la batterie et cette guitare cristalline de Judah, et avec une fin dantesque : ovation d’un public conquis d’avance, qui connaît ses classiques. Visiblement Chan est en forme, et heureuse d'être là. Et puis, alors que je me suis confortablement installé dans le plaisir de l’écouter, elle sort discrètement de scène, sans un mot ou un regard, laissant Gregg aux claviers et Erik à la basse jouer l’intro du Blue, de Joni Mitchell, un tapis sonore de plusieurs minutes. Toujours discrètement, Chan revient, nonchalante, comme s’il s’agissait d’un rappel : elle est vêtue cette fois de noir, avec épaule nue assez sexy… et elle termine le morceau... « Blue, there is a song for you, Ink on a pin, Underneath the skin, An empty space to fill in… » Etrange moment...
La seconde partie du set, un peu plus rythmée, prend plus l’ampleur et comprend quelques magnifiques chansons de l’album The Greatest, mon coup de cœur. C’est le retour des chansons originales de Chan, et avec elles, des éclats de bonheur : elle balance Where is my love, l’un de mes favoris, d’une voix douce qui fait frissonner, sur piano très soul. Le public exulte. Avec la violence fragile qui la caractérise, voici l'ouverture des accords de The Greatest, simplement la plus belle chanson de l’album : c’est une déferlante d’émotions, qui est accueillie par des applaudissements sauvages. Puis c’est l’explosion de Lived in bars, accueilli comme un hit, avec le guitariste Judah en plein trip rock, et avec des envolées aussi sèches qu’expansives. Un grand moment sur le morceau Aretha, Sing One For Me, (une cover de George Jackson), magnifiquement rendu dans un esprit Joss Stone, avec un Jim White très sensible derrière ses caisses. C'est réellement merveilleux, Chan semble totalement absorbée par la musique, avec le groupe derrière, qu’elle nous présente sur Cold We. En point d'orgue, une reprise indescriptible du Satisfaction des Rolling Stones, puis, avec Do You Do You Do et Naked If I Want to le rythme reste soutenu, avant d’arriver à la plus belle chanson de la soirée, Angelitos Negros, de Roberta Flack, une version poignante, tout simplement bouleversante !
En conclusion, voici le magnifique I've been loving you d'Otis Redding, dans une version remarquable, après près de deux heures de ce concert plein de mélodies douces, jouées dans l’enthousiasme général, qui montre que Chan est une artiste plus qu’intéressante. Le public, chauffé à blanc par tant de talent, en redemande avec force. In vain. Chan reste sur scène, pendant cinq minutes, radieuse, les lumières rallumées, en remercient le public... mais elle ne chantera pas ! Deux heures, c’est déjà un exploit. Elle s’en va, mais revient aussitôt sur scène avec une énorme gerbe de roses blanches, un cadeau de la soirée, son stress évacué. Encore un grand merci en mime, et, tout en dansant, une distribution délicate des fleurs, une par une, à des personnes (de son choix) dans le public de la fosse et de la mezzanine. Une fin qui semble ne jamais arriver, des applaudissements… le plaisir partagé d’une performance émotionnel et sincère.
Si vous ne connaissez pas Cat Power, il faut la découvrir sans tarder en commençant par son album « The Greatest » !!!
…I've been loving you, Too long, to stop now… »
Chan Marshall, mieux connue sous le nom de scène Cat Power, est une chanteuse et parolière américaine originaire d'Atlanta (USA). La musique de Cat Power a la particularité d'être relativement minimaliste et extrêmement dépouillée. Avec son accent sudiste et ses mélodies minimalistes extrêmement dépouillées, la discrète Cat s'est imposée en sept albums comme une des plus belles voix de la folk américaine.
(http://www.myspace.com/catpower)
Dear Sir (1995)
Myra Lee (1996)
What Would the Community Think (1996)
Moon Pix (1998)
The Covers Record (2000)
You Are Free (2003)
The Greatest (2006)
Jukebox (2008)
Chan Marshall: Vocal, Guitar, Piano
&
Dirty Delta Blues:
Judah Bauer - Guitar (Ex Jon Spencer Blues Explosion)
Gregg Foreman - Piano/Organ (Ex Delta 72)
Erik Paparazzi - Bass (Ex Lizard Music)
Jim White - Drums (Ex Dirty Three)
La Setlist du Concert
CAT POWER
Woman Left Lonely (Cover Janis Joplin) (Juke Box - 2008)
Silver Stallion( Cover Lee Clayton) (Juke Box - 2008)
Theme From "New York, New York" (Cover Frank Sinatra) (Juke Box - 2008)
Lost Someone (Cover James Brown) (Juke Box - 2008)Dreams (Single - 1998-11-26: Berne. S)
Lord, Help the Poor & Needy (Cover Jessie Mae Hemphill) (Juke Box - 2008)
Song to Bobby (Juke Box - 2008)
Dark End Of The Street (Cover Percy Sledge)
She’s got you (Cover Patsy Cline) (Juke Box - 2008)
Making Believe (Cover Loretta Lynn
Metal Heart (Moon Pix -1999) - (Juke Box - 2008)
Blue (Cover Joni Mitchell) (Juke Box - 2008)
Where Is My Love? (The Greatest – 2006)
The Moon (The Greatest – 2006)
The Greatest (The Greatest – 2006)
Lived In Bars (The Greatest – 2006)
Aretha, Sing One For Me (Cover George Jackson) (Juke Box - 2008)
Life Of The Party
Could We (The Greatest – 2006)
(I Can't Get No) Satisfaction (Cover The Rolling Stones) (The Covers Record – 2000)
Do You Do You Do
Naked If I Want To (Cover Moby Grape) (The Covers Record – 2000)
Angelitos Negros (Cover Roberta Flack)(Juke Box - 2008)
Ramblin' (Wo)man (Cover Hank Williams)(Juke Box - 2008)
I've Been Loving You Too Long (Cover Otis Redding)