
« Je pense être la seule personne au monde qui enchaîne un concert de Ministry à un concert de Cocoon. Je n’y peux rien, j'aime les deux styles ! Ministry ! J'ai ma place en poche depuis 7 mois, ce concert du Bataclan s'impose de lui même, la salle de l'Elysée Montmartre où aura lieu le concert du lendemain m'inspirant beaucoup moins. Belle journée que ce dimanche 16 juin, j'arrive plus tard que prévu à cause de la fermeture de la route longeant le canal St Martin mais quand j'arrive, il y a peu de monde, Gilles P est là, pas de problème pour être devant. Ce qu'il y a de bien dans ce genre de concert, c'est le public. Et celui de Ministry est particulièrement spécial, on ne s'ennuie pas jusqu’à l'ouverture des portes. J'opte pour une place sur la gauche de la scène, cette fois l'organisateur a mis des barrières métalliques, interdiction de poser ne ses vêtements dessus, ça promet. Pendant que Gilles P s'installe au balcon avec Vincent, je discute avec Robert Gil. Sur la scène, on remarque les grandes clôtures métalliques de chantier en arrière de la scène, cela sent la reconstitution des mythiques concerts américains de la tournée 89/90.
La salle n'est pas encore remplie quand apparaissent les Américains natifs de Brooklyn de
My Uncle The Wolf. Au niveau son, rien à dire, ca décalamine les oreilles, musicalement, on peut s'interroger. Pas de l'indus, non, surement une variante du trash ou death metal, je ne sais pas trop, en tout cas ce n’est pas vraiment super, c'est le moins que l'on puisse dire. Un chanteur qui hurle ou plutôt qui éructe ses phrases, seul le look du bassiste est impressionnant. Pas un gros succès vis a vis du public.



Comme je le pensais, les roadies portent maintenant les clôtures de chantiers sur le devant de la scène, cela va être coton pour les photos. Dommage que nous ne soyons pas en contact direct avec la scène. Beaucoup de photographes ce soir, pas loin d'une vingtaine qui seront envoyés en deux sessions.Je suis assez excité, j'adore
Ministry, et leur musique extrême, mais non dénué, d'un aspect mélodique : c'est sans concession, du rock industriel tel que je l'aime, avec des vagues de guitares et de samples, terrifiant ! Les lumières s'éteignent, une tête de mort tournant sur elle même est projetée en arrière plan pendant que l'on nous passe un morceau des Revolting Cocks. Et, un par un, les musiciens arrivent sur scène, avec bien sûr en dernier l'apparition de Al Jourgensen, énigmatique, toujours vêtu de sa redingote noire, son chapeau haut de forme et ses lunettes rondes d'aviateur : quelque part le personnage me fascine, c'est quand même l'inventeur de la musique industrielle, sans lui pas de NIN ou de Marylin Manson... Je suis d'ailleurs beaucoup plus impressionné par Jourgensen que par le personnage de Marylin Manson, plus préoccupé par son look que par sa musique. Il se plante devant son pied de micro entièrement orné d'ossements d'animaux, plus particulièrement de crânes et de tibias. Les musiciens importent presque peu ce soir, place à la musique. Un barrage sonique tout simplement, parfaitement distinct, et en même temps c'est une véritabçe vague sonore qui me submerge. Et par dessus, la voix d'outre tombe de Jourgensen, le vieux shaman, personnage intemporel... On ne distingue pas son visage, quelques fois ses yeux, il est agrippé à son pied de micro lui infligeant un balancement incessant d'avant en arrière. Toute la première partie du show est consacrée aux trois derniers albums, j'aime bien mais je regrette que l'impasse ait été faite sur « Animositisomina », un album que j'aime particulièrement. Pour les photos, c'est la galère au niveau de l'éclairage... quand à la vidéo, j'ai bien tenté de filmer un morceau dès le début mais pas moyen de cadrer, cela poussait trop derrière.
Pas mal de slam évidemment; des mecs zarbi passent au dessus de ma tête ou à proximité, mais pas de violence, juste du fun ce soir. Derrières les grilles, les deux guitaristes et le bassiste s'en donnent à cœur joie, tantôt sur la droite, tantôt sur la gauche, ils font le spectacle même si on sait que ce sont des mercenaires, en tout cas ils assurent. Al, d'une démarche lente et pesante, ira se servir plusieurs fois du vin rouge. Et toujours ce déluge sonore et cette voix amplifiée par des échos multiples. A quoi pense Jourgensen ? C'est impossible à dire, on ne sait pas si ce gars éprouve des sentiments, c'est presque le constat que l'on peut faire en le regardant, il est le maître d'un gang qu'il dirige d'une main de fer, Ministry c'est sa chose, c'est une excroissance qu'il a enfanté et dont il va hélas couper définitivement le cordon ombilical. Le temps s'écoule sans que je m'en rende compte, je suis "dedans" complètement, en gros j'aimerais que cela ne s'arrête jamais, que la machine infernale me consume... mais, hélas, Al et sa bande quittent la scène. Mais c'est pour revenir avec cette fois une tuerie finale, So What tout d'abord , N.W.O, puis le meilleur moment du concert avec un Just One Fix apocalyptique : il faut que je hurle à l'unisson avec Jourgenssen "Just One Fix ! Just One Fix ! Grandiose... Un dernier rappel, Al Jourgenssen enfile une guitare Vox (je crois) pour un Wonderful World à deux vitesses, tout d'abord une première partie lente, puis d'un coup cela part en surrégime.
Et c'est fini, d'un coup, pour toujours. Merde tu vas me manquer, Ministry. Je réalise seulement. Encore légèrement hébété mais heureux et satisfait. Et déjà nostalgique.. Yes it was a wonderful world tonight. Un dernier souvenir au stand merchandising, derrière moi, la scène est déjà en partie démontée : la fin d’un cycle, la fin d'une épopée. Mes copains me rejoinent, ils semblent eux aussi avoir aimé. Je n’aime pas être grossier, mais ce soir c'était du putain de rock'n'roll. »
*John Bechdel : Claviers (Ex - -Killing Joke, ex-Murder Inc., ex-Prong, ex-Fear Factory)