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samedi 13 mars 2010

YO LA TENGO ~ La Riviera. Madrid. Espagne.














Ce qu’en a pensé Eric :

« Même endroit qu'hier, à peu près la même heure (19 heures) au bord du Rio Manzaneres... mais c'est un panorama bien différent qui s'offre à moi : seulement 6 personnes font la queue, et la moyenne d'âge est plutôt supérieure à 30 ans. Il faut dire que Yo La Tengo, combo new yorkais presque contemporain de Sonic Youth, a 25 ans d'existence et n'a rien de la "hype" du moment... sans même mentionner le fait qu'il n'a jamais rencontré de vrai succès (malgré le titre sans doute ironique du dernier album, "Popular Songs"...), avec sa musique ambitieuse et aujourd'hui hors mode, entre ambient noise et pop suspendue. Moi-même, je dois admettre - à ma grande honte - que je n'ai, pendant toutes ces années, guère entendu de Yo La Tengo que quelques (souvent remarquables) BO de films, un travail sans doute un peu alimentaire pour le groupe, mais qui lui a clairement (quand on écoute "Popular Songs") permis d'élargir sa palette sonore, d'intégrer dans son rock expèrimental, qu'on peut qualifier de velvetien dans un raccourci simplificateur, des sonorités et des textures plus variées. Mais, même si le dit dernier album est un "bon" album, je n'y ai pas trouvé non plus de quoi me dire : "Mon Dieu, comment ai-je pu vivre toutes ces années sans cette musique ?". Ce soir sera donc l'occasion - ou jamais ? - pour moi de me frotter "en vrai" avec ce groupe qui reste quand mème l'une des pierres de touche du rock "arty" new yorkais...

Pas de première partie ce soir, sans doute pour laisser à Yo La Tengo toute lattitude de jouer longtemps - enfin, on espère... 20 h 45, les trois musiciens montent sur scène, et je me dis que je n'avais jamais réalisé qu'il s'agissait d'un trio, tant leur musique est complexe. A quelque mètres de moi, Ira Kaplan, le "leader", semble directement sorti de l'un des films de Woody Allen sur ce Manhattan juif intello qu'il aime : plus new yorkais, tu meurs ! Ira a derrière lui un impressionnant rack de guitares acoustiques et électriques qu'un roadie a longuement et patiemment accordées, et qui vont lui permettre à chaque chanson de changer de sonorité. A la batterie (et au chant), sa femme, Georgia Hubley, frappant et caressant ses fûts dans la directe ligne d'une Moe Tucker (en plus raffiné quand même), et c'est sans doute elle que les années ont le plus marquée. A l'autre extrémité de la scène, un géant chevelu, James McNew, qui tiendra basse, claviers et seconde guitare, et chantera régulièrement lui aussi d'une voix touchante. Car l'une des caractéristiques de Yo La Tengo, c'est cette alchimie entre trois voix (les trois musiciens chantent alternativement sur les morceaux), tous les trois étant néanmoins dans un registre disons "sensible et intime" pour faire court. La voix d'Ira m'évoque celle d'un Bernard Sumner, par exemple, dans sa fausse maladresse, tandis que celle de Georgia, très éthérée, est parfaite pour toutes les romances shoegaze du groupe.

Le set démarre par un morceau très calme, Our Way To Fall, accueilli par les acclamations d'un public complètement dévoué au groupe, et qui connait visiblement parfaitement sa longue discographie. A ce propos, je suis surpris de voir que La Riviera, à peu près de la taille de l'Olympia à Paris, est quasi comble : Yo La Tengo (à cause de son nom espagnol ?) est beaucoup, mais beaucoup plus célèbre ici qu'en France ! Cette assez longue introduction planante permet de se plonger doucement dans l'ambiance d'un concert que l'on pressent complexe et... long. Et de fait, immédiatement après, Ira s'empare d'une Stratocaster toute usée et se lance dans une hallucinante épopée instrumentale et électrique de plus de quinze minutes (c'est And The Glitter Is Gone, qui clôt "Popular Songs") : pendant ce long quart d'heure, tandis que James et Georgia assurent une rythmique métronomique lourde et immuable, Ira, littéralement plié en deux, tournant le dos au public pour être face à son ampli, se concentrera pour tirer de sa Fender des cris de bête aux abois, des bruits titanesques de plaques tectoniques en mouvement, toute une cacaphonie très mécanique. Le concert est vraiment parti, et les caractéristiques et limites en sont désormais claires : pas de communication avec le public (premeir sourire, fugace au bout de 30 minutes, premier mot, "Thank You", après 45) ; concentration totale des trois musiciens, le visage fermé, presque hostile ; alternance de passages aériens acoustiques et de bombardement sonique ; mélange de virtuosité technique et de primitivisme urbain bien dans la ligne du travail du Velvet Underground. Un seul reproche : le son, curieusement insuffisant pour une salle comme La Riviera où, d'ordinaire, on joue très fort ! Ira et James iront d'ailleurs rapidement mettre les potentiomètres de leurs amplis sur la position maximale, mais sans pouvoir compenser une sono réglée beaucoup trop raisonnablement pour ce genre d'expérience sonore. Car jamais, et ce sera là l'un de mes "reproches" à Yo La Tengo, on ne quittera les zones "cérébrales" du plaisir pour plonger dans la sensation physique pure, que leur forme musicale appelle pourtant : bref, Yo La tengo, avec une musique a priori similaire, n'est pas My Bloody Valentine ou The Jesus & Mary Chain. A la limite, je dirais que ce n'est pas "du rock" qui est joué ce soir, dans le sens où l'excitation primaire fait clairement défaut, ce serait plutôt "la musique classique du XXe siècle", sans prétention aucune : une musique complexe, intelligente, toujours raffinée même lorsqu'elle passe par ces longs tunnels bruitistes.

Yo La Tengo va donc jouer deux heures et quart, ce qui est quand même bien (au final, rien de plus opposé au "show La Roux", bref, creux et commercial d'hier soir !), avec deux rappels qui vont voir, de manière assez étonnante (pour moi qui ne connaissais pas le groupe) les trois musiciens, et Ira surtout, devenir d'un seul coup humains, souriants, voire bavards, comme si, une fois le "corps" du concert terminé, on pouvait se laisser aller au plaisir d'être ensemble, de jouer ce qui bon nous semble ! Je me dis que je tiens là la clef du "problème" que j'ai eu avec ce set : trop de sérieux, pas assez de plaisir immédiat. Le groupe aura interprété 8 extraits de "Popular Songs", dont Nothing To Hide, mon morceau préféré, et pour moi le sommet de la soirée, et cette délicieuse chanson décalée qu'est Periodically Double Or Triple, avec Ira aux claviers qui semble (enfin !) s'amuser. Oui, au final, Ira descendra prendre un bain de foule, ce qui assez surprenant, et puis nous annoncera : "Cela fait maintenant 21 ans qu'on vient jouer à Madrid, et notre meilleur souvenir, c'est en 2003 avec les Go-Betweens, alors on va jouer une chanson des Go-Betweens pour finir", avant que le groupe ne se lance dans une interprétation acoustique et gracieuse d'une chanson que je n'ai pas reconnue, James McNew, de sa voix délicate, faisant une recréation convaincante de l'univers tendre des G-B. Le second rappel comprendra aussi un vrai morceau purement énervé (dont je ne connais pas le titre), histoire de prouver que, dans autre monde, parallèle au nôtre, Yo La Tengo aurait pu être un "groupe de rock".

Mais il aurait été alors un groupe ordinaire, non ?»





photos de eric




Yo La Tengo est un groupe de rock indépendant américain. Le groupe fut formé par Ira Kaplan et Georgia Hubley en 1984. La musique du groupe est très variée, passant d'un rock noisy à une pop sophistiquée, de l'expérimental à la country... Le nom du groupe a été choisi en référence à une anecdote liée à l’histoire du baseball newyorkais (« Yo La Tengo » signifie « Je l’ai ».. la balle !)


(http://www.myspace.com/yolatengo)




•    Ride the Tiger (Coyote, 1986)
    •    New Wave Hot Dogs (Coyote/Twintone, 1987)
    •    President Yo La Tengo (Coyote, 1989)
    •    Fakebook (Bar/None Records, 1990)
    •    May I Sing with Me (Alias Records, 1992)
    •    Painful (Matador, 1993)
    •    Electr-O-Pura (Matador, 1995)
    •    Genius + Love = Yo La Tengo (compilation de raretés) (Matador, 1996)
    •    I Can Hear the Heart Beating as One (Matador, 1997)
    •    Strange But True (avec Jad Fair) (Matador)
    •    And Then Nothing Turned Itself Inside-Out (Matador, 2000)
    •    The Sounds of the Sounds of Science (Egon, 2002)
    •    Summer Sun (Matador, 2003)
    •    Prisoners of Love: A Smattering of Scintillating Senescent Songs: 1985-2003 (Best-of) (Matador, 2004)
    •    I Am Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass (Matador, 2006)
    •    Yo La Tengo is Murdering the Classics (compilation de reprises) (Egon, 2006)
    •    Popular Songs (Matador, 2009)









Ira Kaplan (Chant, guitare, claviers)
Georgia Hubley (Batte
James McNew (Basse, crie, chant)
laviers, guitare, chant)


















La durée du concert : 2h15

AFFICHE / PROMO / FLYER













vendredi 12 mars 2010

LA ROUX ~ La Riviera. Madrid. Espagne.












Opening : DE VITO





Ce qu’en a pensé Eric :

« De temps en temps (rarement...), en me basant sur des lectures à droite ou à gauche, je fais l'erreur d'acheter une place de concert avant même d'avoir écouté l'artiste en question, et de découvrir que je n'aime vraiment pas ce qu'il fait. Ça m'était arrivé avec les affreux White Lies, et je suis un peu inquiet en me rendant au concert de La Roux, vilain clone de la musique pré-électro des 80's, façon Eurythmics ou Human League au rabais. En plus, alors que le concert était programmé dans l'accueillante Joy Eslava, le succès populaire du duo anglais a entraîné sa reprogrammation à la Riviera, mini-Zénith beaucoup moins sympathique... Quand j'arrive, une heure et quart au moins avant l'ouverture des portes, alors que le froid continue inexplicablement à régner sur Madrid, il y a déjà une trentaine d'adolescents boutonneux et transis en train d'attendre au bord du Rio Manzanares.

Bon, le temps passe vite en compagnie de mon ami Juan Carlos, qui m'a rejoint le soir, et je suis presque surpris quand les portes s'ouvrent, mais, pas de problème : sans aucune bouculade, nous nous plaçons au premier rang, légèrement sur la gauche. Autour de nous, un public bigarré, pas mal de gays et lesbiennes, ce qui n'est pas une surprise, vu le "style La Roux", et des centaines de jeunes adolescentes dont on sent que leurs voix perçantes vont nous vriller les oreilles, très bientôt...

20 h 15 : eh oui, l'Espagne a aussi ses fluokids, ce qui n'est pas original certes, mais De Vito ((Juan Carlos me dit qu'ils s'appellent « Debito », il prétend avoir compris ce que le chanteur raconte, mais ça m’a paru un tantinet bizarre...)  nous offrent presque 45 minutes de bon délire, parce qu'eux ont choisi de jouer de l'electro-punk plutôt que de l'électro-rock, et, si le chanteur a un look "Black Kids" du meilleur effet (moustache et bon délire...), on se rend compte que leurs références sont plutôt du côté de New Order et des... Pixies (intéressante reprise techno-déchirée de Debaser, il fallait l'oser mais... ça passe !). Deux Fenders en plus des claviers et boucles du Mac, trois musiciens qui "headbanguent" plus que de raisonnable, un début de concert vraiment enthousiasmant (j'ai bien apprécié un morceau appelé Champagne para todos...), mais qui s'enlise un peu faute de grandes chansons, malgré l'aspect "à donf" fort sympathique de tout cela. Bref, un bon échauffement...

La scène, rapidement débarassée du matériel des "teloneros" (c'est comme ça qu'on appelle les groupes de première partie en Espagne, ça me paraît un peu péjoratif, non ?), semble dangereusement vide, avec deux claviers et un jeu de percussions synthétiques sur la gauche, en face de nous : pas de vraie batterie donc, pas de guitares ou de basse non plus, ce soir ce sera donc, sans surprise, une soirée synthés "vintage 80's".

21 h 45 : après s'être fait bien attendre, Elly Jackson monte sur scène, avec ses trois accompagnateurs, deux synthés donc et un percussionniste (je me refuse à appeler ça un batteur, conservateur comme je suis...) qui joue debout. Oui, La Roux sur scène, ce n'est que la moitié de La Roux, puisque le co-compositeur et producteur, Ben Langmaid n'apparaît pas, remplacé donc derrière les claviers par Mikey (petit jeunot mignon) et Mickey (élément féminin un peu plus mûr). On attaque d'entrée par Tigerlily, ce qui me permet d'appréhender tout de suite l'ampleur des dégâts : le son est fort, comme toujours à la Riviera, ce qui est bien, mais peu clair, et cette impression de saturation dans les aigüs quand les deux synthés sont à fond et mêlés à la voix assez (désagréablement) perçante d'Elly, n'est pas véritablement plaisante... Ce qui ne gêne aucunement, je le précise quand même, les adolescentes qui hurlent autour de nous sans discontinuer ! Curieusement, La Roux enchaîne avec un titre calme, pas inintéressant, et que je ne connais pas (je découvrirai par la suite qu'il s'agit de Saviour, une chanson publiée seulement sur une édition japonaise de l'album) : l'ambiance retombe immédiatement, et cela me permet de détailler un peu cette fameuse Elly... Look androgyne - comme prévu - avec super houpette style Tintin (mais plus rousse, la houpette...), vêtements assez "classe" (on sait qu'elle a une passion pour la mode), bon jeu de scène élastique et incessant (bonjour les photos dans des lumières pas faciles non plus !), plusieurs tentatives sympathiques d'aller vers le public, malgré une certaine réserve (perceptible depuis notre position rapprochée au premier rang...), oui, Elly ferait plutôt une "pré-star" acceptable... si ce n'était cette foutue voix, que je ne supporte décidément pas, qui m'horripile presque. Et plus les intros me rappellent Eurythmics ou Yazoo, plus je ressens une violente nostalgie des voix sublimes d'Annie Lenox ou d'Alison Moyet : car clairement, Elly ne joue pas dans la même cour que ses inspiratrices, et ne pourra certainement jamais prétendre au titre de grande chanteuse... Petite couineuse, sans doute... Les fans, joyeux, lancent sur la scène tout un tas de pièces vestimentaires, ce qui ne manque pas d'originalité : soutiens-gorge, lunettes en plastique, chemises, tabliers brodés (si, si ! Même qu'Elly en essaiera un...). Arrive Quicksand, le premier tube et ma chanson préférée de l'album, et je n'arrive toujours pas à rentrer dans le concert, qui me casse littéralement les oreilles. Deux chansons plus tard, on touche le fond, avec une version affreuse de l'éternel Under My Thumb des Stones, dont il ne reste plus grand chose derrière les clapotis synthétiques qui veulent en faire une scie de dance-floor. Là, je suis carrément fâché, et, même si le public, gentiment, chante de manière impromptue un "Happy Birthday" (Elly est en effet née un 12 mars, et elle a 22 ans aujourd'hui !), il me faudra attendre les deux derniers titres, In For The Kill (acclamé par la foule) et Fascination, pour prendre un peu de plaisir à cette affaire. Le groupe se retire déjà, après moins de 45 minutes, et revient très rapidement pour une version entraînante de Bulletproof, certainement le meilleur moment de la soirée, en tout cas le seul où il se soit passé un peu quelque chose qui évoque une émotion "live".

Voilà, 50 minutes à peine et l'affaire est bouclée, La Roux n'a même pas joué tous les titres de son album, et c'est quand même à la limite du foutage de gueule. A côté de moi, un type vient se plaindre au videur : il est arrivé en retard, n'a vu qu'une demi-heure de concert, et exige de se faire rembourser ! On attend patiemment avec Juan Carlos que la salle se vide un peu, et je récupère une set list en la demandant poliment à un technicien... C'est alors que des gens s'approchent de moi et me demandent des renseignements sur la Roux... en français ! Je n'en crois pas mes oreilles : d'une part, ils ont pensé qu'à mon âge, en train de parler à un technicien sur scène, je ne pouvais que faire partie du staff... mais en plus, ils se sont adressés à moi en français, alors que je discutais avec Juan Carlos en espagnol (avec mon accent à couper au couteau, mais bon...). Je suis tellement interloqué que je m'éclipse vers le bar sans demander mon reste, pour boire une petite bière avec Juan Carlos, histoire d'échanger nos impressions (Juan Carlos est plus positif que moi...) : cet incident restera donc le mystère d'une soirée qui n'en a pas comporté beaucoup. Nous croisons le chanteur des "teloneros", et nous le saluons en le félicitant pour sa prestation exaltée : ça, au mois, c'était un moment de rock'n'roll, d'une soirée qui n'en a pas - non plus - comporté beaucoup ! »









photos de eric




 

 (http://www.myspace.com/devitotheband)
 


La Roux est un duo anglais d'électropop fondé par Elly Jackson (chant et clavier) et Ben Langmaid (co-écrivain et co-producteur). Ils revendiquent des influences parmi les groupes des années 1980 comme Depeche Mode, Yazoo, Erasure, Tears For Fears, The Human League, Heaven 17...  La Roux se classa 5e du sondage de la BBC sur les musiques en 2009. The Guardian présenta en janvier La Roux comme un des meilleur nouveau groupe en 2009. L'album était en nomination pour le Mercury Prize 2009... Le troisième single Bulletproof se classa immédiatement 1er des meilleures ventes de singles.

http://www.myspace.com/larouxuk)



2009 - La Roux








• La Roux (Elly Jackson) (Voix)
•    Michael Norris (synthétiseur et ordinateur)
    •    William Bowerman (percussions)
    •    Mickey O'Brien (clavier et cœurs)














Tigerlily (La Roux - 2009)
Saviour (La Roux UK bonus - 2009)
I'M Not Your Toy (La Roux - 2009)
Quicksand (La Roux - 2009)
As If By Magic (La Roux - 2009)
Under My Thums (The Rolling Stones Cover)
Cover My Eyes (La Roux - 2009)
Colourless Colour (La Roux - 2009)
In For The Kill (La Roux - 2009)
Fascination (La Roux - 2009)

Encore

Bulletproof (La Roux - 2009)










La durée du concert : 0h48


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