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mardi 18 mars 2008

American Music Club - Le Divan Du Monde. Paris.














Première Partie : Lisa Papineau




Ce qu’en a pensé Philippe M. :

« Ma dernière visite dans cette salle doit remonter au concert de Tanya Donelly en 1997. Arrivé en fin d'après-midi, j'aperçois Vudi, le guitariste d'AMC assis à la terrasse du café situé en face de l'entrée. Il dessine les pochettes de CDs promos qu'ils vendent sur la tournée. Quelques personnes arrivent et attendent avec moi, j'opte pour la porte gauche, et c'est celle-ci qui sera ouverte. 19 h, je suis à l'intérieur, je me place légèrement sur la droite, la mezzanine n'est pas ouverte, nous serons guère plus de 150. Un film publicitaire consacré à la programmation du lieu est projeté dans la fond de la salle, du jamais vu encore !


Lisa Papineau fait son entrée, accompagnée de deux musiciens français, un batteur et un guitariste-claviers. Depuis 2004, elle passe son temps entre la France et les USA d'où elle est originaire. Ils nous proposent une musique minimaliste, avec une présence importante de Lisa au chant, une voix haut perchée qui ne laisse pas indifférent. Le trio passe d'un instrument à l'autre, et les compositions se déroulent, passant d'un tempo lent à des titres plus musclés. Bonne surprise, l'arrivée au chant de Mark Eitzel sur un titre, avant un final grandiose suivi d'un rappel mérité : bonne prestation, 40 mn de belles mélodies, jouées par des musiciens sympathiques. Courte interruption permettant de se désaltérer et le changement de matériel.


Maintenant, American Music Club : formé à San Francisco en 1983 par Mark Eitzel, chanteur-compositeur et guitariste, le groupe à cette époque comprenait trois autres membres. Un 1er album sort en 1985, la formation changera plusieurs fois pendant cette période, elle verra notamment l'arrivée de Vudi à la guitare. En 1994, ils décident d'arrêter, et Eitzel fera une carrière solo. Puis c'est le retour en 2004 après dix ans de silence : devenus des vétérans de la scène Folk Rock, ils ont un statut de groupe culte. L'année 2008 et l'album The Golden Age les voient reprendre la route, et ce soir ils sont à Paris. Ils arrivent sur scène dans une nouvelle formation, avec, outre Vudi et Mark Eitzel, Sean Hoffman à la basse, et, dans le fond, Steve Didelot à la batterie. Ils sont habillés simplement, Mark ayant même sa veste déchirée à l'épaule gauche. Avec All The Lost Souls… commence alors un set d'une intensité incroyable : la voix de Mark, si particulière, aux harmonies fugaces, passant d'un registre à l'autre, prends le dessus pendant le début du set. Six extraits de « The Golden Age » seront joués ce soir, dont I Know That's Not Really You, The Sleeping Beauty, ou encore The Stars. Nous avons droit à des morceaux absolument magnifiques, Mark présentant les titres avec humour (et parfois une certaine cruauté entre pessimisme et réalisme), faisant pour chacun un descriptif de la narration. La justesse des descriptions en font de grands textes. Deux titres de « Love Songs For Patriots », paru en 2004, feront partie du set, il s'agit de Another Morning et Home. L’accompagnement musical est précis, avec des changements de rythme, des moments de calme qui font suite à des périodes de folie complète, avec un mélange de larsen, de saturation, la guitare surgonflée de Vudi crachant les décibels : tout cela crèe une musique originale, qui n’a pas vraiment d’équivalent. On passe ensuite à la douceur de la guitare fluide et classique de Mark, l'ensemble enrobé par la basse très présente associée aux martèlement des percussions, agrémenté de toniques touches de cymbales. Pour terminer, trois morceaux anciens : entre Western Sky et Blue And Grey Shirt (extraits de California 1988), s'intercale The Revolving Door (San Francisco 1994)... Je ferme les yeux, et me retrouve emporté par cette musique à la fois étrange et attachante : ils expriment toute la rage de leur jeu et finissent ainsi ce formidable concert. Un dernier rappel avec Johnny Mathis's Feet (Mercury 1993, mon album préféré), pendant lequel Vudi et Mark s'affrontent dans un duel de guitares des plus électriques. Cette fois-ci, c'est terminé, derniers remerciements de Mark et applaudissements fournis d'un public clairsemé mais conquis. Au total 1 h 35 d’un concert d'une bonne qualité sonore, dans un endroit dont je n'avais pas de souvenir particulier de l'acoustique.

Je récupère la set list, et je m'approche du marchandising pour acheter le CD promo vendu sur la tournée, ainsi que le dernier album. La salle s'est vidée, Mark discute avec deux personnes, et j'attends qu'ils finissent pour lui demander une dédicace, je lui dit que j'ai apprécié, ça lui fait plaisir. Ensuite il me dit qu'il veut bien des photos, il a remarqué que j'en faisait. Encore quelques mots, une poignée de mains, et je quitte les lieux. Arrivé à l'extérieur, je croise Vudi qui fume une cigarette, je m'arrête, sors mes pochettes, et avec beaucoup de gentillesse, il me les signe. Je lui souhaite bonne route pour la fin de la tournée. J'ai rencontré deux personnages complètements décalés, simples et attachants. Ils m'ont séduit par leur musique subtile aux arrangements homogènes, j'ai été comblé enfin par cette soirée, depuis le temps que j'attendais leur passage, n'ayant pas eu l'occasion de les voir de par le passé. Je recommande à ceux qui ne les ont jamais écoutés de réparer cet oubli : vous avez le choix parmi neufs disques - avec une préférence pour « Mercury » en ce qui me concerne. Je suis maintenant dans le métro, direction St Lazare, et pendant le trajet, je vais revivre quelques instants-clé de cette soirée,... comme souvent il m'arrive de le faire. »




photos de philippe m.


Lisa Papineau , après avoir collaboré avec des artistes tels que Beck, Macy Gray, Money Mark des Beastie Boys, prêté sa voix a différents groupes tel que Air ou M83, réalise un album en France qui comporte en invité , Mark Eitzel de American Music Club , et Matthieu Boggaerts .


American Music Club est un groupe fondé à San Francisco et mené par le chanteur-compositeur-interprète Mark Eitzel, considéré comme le meilleur parolier américain vivant par le Guardian. Depuis sa naissance en 1982, l'American Music Club s'est donné comme mission majeure d'approcher les sons dits américains. Ceci les a amenés du côté du post punk, du country et du folk. Intenable sur scène, à l'exubérance gestuelle, le groupe interprète de maîtresse façon ses compositions marquées du sceau de l'émotion. Trois ans après leur réunion qui avait suivi un split de dix ans, changement de registre et line up avec ce "The golden age" (fév. 2008) qui se veut à la fois pop dans son approche et romantique pour ne pas dire sensible. Le retour de Mark Eitzel en toute simplicité.














Vudi : guitar
Sean Hoffman : bass & vocal
Steve Didelot : drums & vocal
Mark Eitzel : guitar & vocal











All The Lost Souls Welcome You To San Francisco (The Golden Age – 2008)
Decibels And Little Pills (The Golden Age – 2008)
I know that's not really you (The Golden Age – 2008) Another Morning (Love Songs for Patriots – 2004)
Sleeping Beauty (The Golden Age – 2008)
Home (Love Songs for Patriots -2004)
The Windows of the world (The Golden Age – 2008)
The Stars (The Golden Age – 2008)
Western Sky (California – 1993)
The Revolving Door (San Francisco – 1994)
Blue and Grey Shirt (California – 1993)
Johnny Mathis' Feet (Mark Acoustic/Vudi Electric) (Mercury – 1993)











La durée du concert : 1h35



AFFICHE / PROMO / FLYER































American Music Club - Rise






American Music Club - The Revolving Door







Gossip + The Kills - Olympia. Paris.







Première Partie : THE BLAKES + PETE AND THE PIRATES

Ce qu’en a pensé Eric :
« Avec la galère que je traverse pour arriver de Aarhus (Danemark, si si !) à temps pour ce concert - retards d'avion, changement de tenue dans le parking de Roissy 2D, embouteillages -, je me demande quand même pourquoi je me complique la vie pour un concert avec en double tête d'affiches, deux groupes que je n'aime pas vraiment, The Kills (j'ai toujours trouvé leur intégrisme rock un peu ennuyeux) et Gossip (pour moi, après avoir vu la grosse Ditto aux festival des Inrocks, toujours une sous-Tina Turner white trash)... La fièvre du rock'n'roll sans doute ? Le secret espoir qu'il se passera quelque chose ce soir qui me fera changer d'avis (car il n'y a que les imbéciles qui ne... etc.) ?

En tout cas, contre toute attente, j'entre dans l'Olympia et je me place au premier rang, complètement à gauche devant la sono (bonjour mon tympan gauche !) au moment même où la 1ere première (!) partie entre en scène...

Pete and the pirates nous la jouent "ligne claire", dans la grande tradition anglaise "early 80's" Pale Fountains / Lotus Eaters (vocaux éthérés, mélodies charmantes), avec un soupçon d'énergie post-ado pouvant évoquer les Undertones ("Toutes nos chansons sont à propos des filles", nous confiera le chanteur)... avec les deux guitares, mais sans le génie pop indispensable à ce niveau-là du jeu... Bref, il y a là dedans un peu de tout ce qu'on aime - on dodelinera gentiment de la tête sur les chansons les plus enlevées, on fera "la la la" sur les plus sucrées, mais il manque ce quelque chose qui fait les bons groupes : des chansons peut-être (les deux derniers morceaux seront les seuls à me paraître facilement mémorisables), ou plus simplement quelque chose qui les distingue du troupeau. 30 minutes d'un set léger et plaisant, mais vite oublié.

Je suis loin de Gilles B, que je vois presque au centre, avec en main son nouvel appareil photo. Tant mieux, car pour le moment, je n'ai pas vu l'ombre d'un photographe (le concert est filmé...). Les autres papys de notre bande trônent au balcon (sommeillent au balcon ?), donc pas de conversation pour faire passer le temps, ce soir, malheureusement.

20 h 00 : the Blakes entrent en scène, formule rock'n'rollienne type du trio, avec deux frères jumeaux (?) aux commandes, ils nous jettent des "candies" (des Américains, donc - on apprendra à la fin qu'ils sont de Seatle) et nous promettent du rock'n'roll. On est bien contents, du coup, et le son, déjà bien, monte d'un cran. La voix est sympa, assez blues pour ajouter un supplément d'âme à ce rock garage ultra traditionnel. Malheureusement, l'absence totale d'idées, d'imagination dans cette musique la plombe littéralement : tout cela est lourd, trop lourd, 100% transpiration 0% inspiration. Même les tentatives de faire monter l'intensité sonnent forcées, dérisoires même : il semble que les deux frères ne soient pas en très bons termes ce soir, c'est peut-être une explication quant à cette alchimie qui refuse obstinément d'opérer. 35 minutes plus tard, je ne ressens plus qu'un ennui horrible, je croise le regard de Gilles, qui m'a l'air lui aussi dépité. No fun, my babe, no fun !

"Did you have a real good one ?" feulent The Kills ? Pas sûr qu'on atteigne la pleine jouissance sur leur musique, qui est avant tout une pétrifiante danse de désir, une perpétuelle provocation sensuelle. Alison et Jamie fascinent immédiatement, beaux et cruels, impérieux et timides. L'électricité ruisselle littéralement de la scène, chaque riff de guitare sursaturé est comme un coup de griffes, chaque beat est comme un coup de fouet. Alison est une superbe panthère, tournant en rond dans la cage de son exaspération perpétuelle. Le son est, bien entendu, parfait, chaque crachotement vous saisit au bas ventre et au coeur en même temps. Oui, les Kills sont un rêve humide de rock'n'roll : difficile d'ailleurs de penser qu'ils ne sont pas amants (et pourtant Gilles me confirmera ensuite que, de là où il est placé, il voit Kate Moss en train d'attendre son chéri... Pas jalouse, la Kate ?) tant il se dégage de ce corps à corps, de leurs regards brûlants une sensation d'accouplement perpétuellement désiré, repoussé, parfois déchirant. Alors, au milieu de ce superbe ballet de chats de gouttières, que manque-t-il ? Des chansons sans doute, qui ne soient pas que des spectres décharnés vêtus de fragments de chair blême ou brûlée. Cette absence de mélodie, de structure même dans la musique, réduite à un manège absurdement beau de cris et de soupirs électriques, empêche donc le plaisir, auquel on préfère ici la torture du désir. Ai-je dit que tout cela est fondamentalement magnifique, et, comme toutes les passions non consommées, aussi superficiel (poussières d'émotions déchirantes) qu'essentiel (la vie figurée comme une danse rituelle). Et beaucoup trop court : 55 minutes. Maudissons ces programmes trop chargés !

Trash, Beth Ditto a décidé de l'être ce soir : vêtue d'une robe jaune ignoble et de bas résille déchirés, elle crache, pète (en faisant croire que c'est son guitariste et qu'il pue... la classe !), se lèche les bouts des tétons, régurgite sa bière,... bref, elle est assez pathétique, au point qu'on se demande pourquoi elle a besoin de ce vilain trip "Sid Vicious", elle qui est avant tout une "bonne fille" - on retrouve ce soir cette attention envers son public, son service d'ordre, etc. tout ce qui fait d'elle une vraie femme, et pas une star XXXXL.

Musicalement, le set de ce soir sera assez semblable à celui de la Cigale, malgré l'ajout sporadique d'un bassiste - un black vaguement perdu sur scène, avec une jolie coupe afro... Rien qui réussisse à me faire changer d'avis sur ce punk soul répétitif et un tantinet fatiguant, plaisant mais jamais vraiment excitant (surtout après les Kills !). Mais c'est clair que le spectacle est surtout dans la salle, dans cette sorte d'adoration extraordinaire du public envers cette icône improbable, qui me paraît finalement illustrer mieux que ses pitoyables crachats tout l'esprit "punk" : la célébrité de Beth Gossip, c'est encore une fois le rêve de 77 qui se réalise, le triomphe de musiciens sans grand talent qui ne sacrifient rien de leur intégrité, à force d'énergie, de singularité et de banalité à la fois... car aux USA, Beth Ditto, c'est un peu madame tout le monde, obèse, inculte (elle a visiblement vu "la Môme", car elle demandera à la fin au public de l'Olympia de lui chanter "la Vie en Rose", un beau moment d'ailleurs que ce cadeau du public à son idole...). Voir Gossip sur scène, c'est se laisser aller à de jolis moments d'euphorie générale, de communion avec cette chanteuse improbable qui ne craint ni le ridicule ni le danger. Le sommet d'un concert de Gossip, ce n'est pas "Standing in the Way of Control" en rappel (grand moment quand même, avouons-le, que cette véritable hymne / brûlot anti-Bush), c'est l'offrande que Beth fait de son corps à son public : en laissant les fans monter sur scène (le service d'ordre panique !), et les filles lui rouler des patins, ou en entrant dans la fosse pour une "immersion totale", vue sa taille. Cette fois, Gilles B, que je soupçonne de s'être placé au centre juste pour ça, sera au coeur du maelstrom, ce qui me permettra de l'immortaliser en photo alors que le chaos total règne autour de lui (l'extraction finale de la Beth par le service d'ordre se révélant particulièrement difficile ce soir...). Au final, 1 h 10 assez fun - Gossip est un groupe qu'il faut voir au premier rang, pour bien ressentir la folie et l'électricité entre Beth Ditto et son public -, qui ne changeront pas mon manque d'enthousiasme pour la musique de Gossip.

Il est déjà plus de 23 h 30, ce qui nous laissera peu de temps pour les discussions à la sortie du concert, malheureusement. Mais la vie en rock'n'roll continue, et les hostilités vont s'intensifier dans les semaines qui viennent...»


photos de eric