
« Aujourd’hui le T-Shirt à la mode porte le texte imprimé «
Keep calm, Noel Gallagher is back!» et c’est une certitude. Noel n'a pas besoin d'introduction, son expérience parle pour lui-même comme le groupe Oasis que dans l'esprit des gens sera à jamais associé à son nom. Vous pouvez critiquer Noel
devant tout le monde surement pour son
attitude, son caractère explosif, le manque de modestie, son ego excessif, les litiges avec son frère/ennemi, mais il est difficile de nier une chose : en vingt ans de carrière ce musicien de Manchester a créé un horde de fidèles, même en dehors de l'Angleterre. Ce sont les fans de Oasis qui en parlent le mieux ! Que peut on dire sur son album solo ? Il est exactement ce que tout le monde attendait : un disque qui sonne dans tous les sens comme un bon album de Oasis avec les mêmes accords, les mêmes voix dans un delay de fond, les mêmes grooves de batterie et les mêmes effets sonores. Nous ne pouvons pas parler d’un début, nous pouvons seulement crier « Bienvenue de nouveau Noël !». Cet opus qui semble un recueil de "outtakes" de bonne qualité sorti d'une malle, est une excellente façon d'actualiser le plaisir des fans en attente d’une prévisible réunion (j’y crois!). Il ne faut pas oublier que nous avons en face un personnage intelligent qui est parfaitement conscient de son potentiel musical et de la quantité d'argent à gagner, de la valeur de son Label discographique et de l’héritage d'Oasis, défini par lui avec peu de modestie dans une récente interview sur Q magazine, comme « Le dernier grand groupe de Rock & roll... au moins en Angleterre! ». Disons-nous la vérité : Oasis nous manque en tant que fan. Cela ne signifie pas, cependant, que le nouveau projet de Noel en version solo (si vous préférez de ou des Noel Gallagher’s High Flying Birds, comme pour symboliser la naissance d'un nouveau vrai groupe, même si en réalité il s’agit de Noel et personne) ne puisse pas être estimé et surveillé. L a preuve est que le concert de ce soir au Casino de Paris (tiens la même salle où son frère Liam alias Beady Eye y à joué le 13 mars 2011) est Sold out (condition pour une soirée de celles qu’on n'oublie pas) avec une vente des billets, en septembre, terminée en 5 minutes et qui a incité le tourneur à fixer un nouveau concert au Grand Rex le 6 mars 2012 pour mieux satisfaire la demande. J'arrête mes divagations entre moi et moi et je me décide de suivre les autres fans dans la salle, à coté d’une bande d’Anglais avec leurs écharpes très britanniques nouées autour du cou, quelqu'un avec une coiffure à la Liam et des lunettes et pour compléter le T-Shirt de l'équipe de foot Manchester City. « We love Oasis! » ils me disent. Le public est varié, des jeunes garçons, mais aussi une bonne partie plus fidèle au son des Oasis de 90s.

19h56 : Après Phil Smith, « DJ d'Oasis » qui nous passe quelque morceaux sur sa platine, c’est le tour des cinq membres de
The Electric Soft Parade, la première partie. Il s’agit d’un groupe de Brighton formé par le noyau des frères Alex et Thomas White (voix, guitare, keyboards,..), méconnu en France mais qui en 2001, acclamé par les médias NME et abandonné par la suite pour un nouveau "Next Big Thing", avait sorti un discret album "Holes in the Wall", mélange de mélodies pop accrocheuses, sur des nappes électroniques et des nuances de rock psychédélique. Ils attaquent aussitôt avec, la première chanson de cet album, "Start Again", intense et cosmique comme pouvaient être les Radiohead de "The Bends", avec les voix électroniquement déguisées, pour réchauffer la salle mais sans resultat car l’ambiance reste froide. Ils ont l'énergie et l'enthousiasme d'un nouveau groupe malgré leur 10 ans de carrière un peu aride mais les influences Teenage Fanclub, Ash, Suede, The Thrills, Blur, Radiohead, Supergrass... restent marquantes. Le meilleur morceau, des 6 joués pendant la demi-heure, restera le dernier en clôture du set "Silent To Dark" développé sur une longue et fulgurante queue dans une intéressante voie de Rock progressif psychédélique. Des qualités certes qui méritent d'être mieux amplifiées pour pouvoir aller beaucoup plus loin. Une prestation courte avec 3 morceaux du 2001 et une impression que ce groupe aujourd’hui, après de multiples changements de musiciens, a perdu la créativité... heureusement, ils ont encore le temps de leur côté grâce à leur jeunesse. Un accueil vraiment mitigé avec une certaine dose d'ennui partagée aussi par le public anglais qui a fait le déplacement.

21h00 : dans la plus pure tradition les lumières de la salle s'éteignent. La foule commence à crier «Noel, Noel, Noel...» et applaudir sur l’intro de la version remix de "If I Had A Gun" exécutée par les Amorphous Androgynous. Peu de minutes et le délire commence. La scène est simple, un Keyboards /Piano blanc à ma droite, destiné à Mark Rowe (Ex Oasis), la guitare de Tim Smith, la batterie de Jeremy Stacey (Ex The Lemon Trees) au milieu entre un petit mur d’amplis et devant un mur lumineux "
Noel Gallagher’s High Flying Birds", à gauche la basse de Russel Pritchard (Ex The Zutons) et au centre la vedette de la soirée. Noel est exactement comme on s'y attend: petit homme avec démarche particulière et coiffure habituelle, en polo foncé et blue-jeans, simple, un visage d’un ton maussade mais serein qui laisse apparaitre une once d'arrogance, fier de présenter à 44 ans son premier album solo. Surtout un artiste capable de faire briller les yeux à tous les deux mille présents avec ses chansons qui ont fait l’histoire d’un groupe dont il était la tète pensante. L'atmosphère est électrique, l'excitation est immense. Il salue Paris avec un petit sourire, prend une guitare acoustique amplifiée et chante avec sa voix inconfondible ce que nous attendons de lui pour réchauffer l'atmosphère... des anciennes chansons d’Oasis : "(It’s good) To Be Free" de 1994 (b-side du single historique “Slide Away“) puis le traînant "Mucky Fingers" de 2005, entre Velvet Underground et The Kinks.

Le message que Noel vient de nous passer ce soir «
Oasis is my music, so I play too!» est qu’il n’a absolument pas l'intention, comme indiqué à plusieurs reprises, d’oublier les chansons qu’il à créées et l’ouverture, avec ce titre emblématique de déclaration d'indépendance, est peut être plus qu’une simple phrase. Noel est comme toujours laconique et peu enclin à sourire, même si, après les forts applaudissements on remarque sur son visage une expression de plaisir. «
Bonsoir Paris » se limite à dire au micro et ensuite il prend sa guitare Gibson Es-355 rouge et il poursuit avec le morceau, "Everybody’s on the run", premier extrait de son album, revisité avec un bon arrangement électronique qui lui donne une majeure vitalité face à la version du cd. Début impressionnant (je pense qu'il y a très peu d’artistes qui peuvent se permettre de commencer un concert avec une B-side et faire chanter la salle ensuite), un éclairage stroboscopique, quelque panache de fumée... sans parler des musiciens supérieurs en qualité face aux anciens. Le
tapis de lumières dans le fond et haut-dessus de la scène avec deux nuances de couleurs qui s’alternent du bleu au rouge, donnent à la salle une atmosphère vraiment très britannique. Une mise en scène simple mais indispensable pour l'esprit du concert qui ne souhaite pas être étonnant pour l'esthétique, mais qui veut aller directement à la musique sans concessions.


Comme on pouvait l'imaginer, le passé et le présent se mélangent sur une Setlist parfaitement équilibrée. Sur 20 chansons, 10 proviennent de son album (la seule oubliée est "Stop The Clock" et on pourrait se demander le pourquoi) et l’autre moitié du répertoire d’Oasis. Tout est très bien (son et interprétation), les faisceaux de lumière qui illuminent le public sont suggestifs, Noel, aidé en grande partie par la fraîcheur de son nouveau groupe (sans oublier l’excellent Jeremy Stacey avec son drôle de chapeau et sa frappe fracassante) tient la scène comme un pro... c’est une merveille à voir et entendre. Le public apprécie et chante en chorale, même les chansons moins connues, mais le fantôme d'Oasis ne plane pas même une seconde dans les hauteurs du plafond du Casino de Paris. Bien que les longs applaudissements soient sur les morceaux plus vieux, le nouvel album en live fonctionne très bien. Le moment le plus significatif, celui qui marque sûrement le clou de la soirée, est au milieu quand Noel, éclairé par un seul faisceau de lumière, met sa guitare électrique de coté et heureux, je peux le confirmer, il récupère les éclats du passé. C’est le set acoustique, avec Noel à la guitare et Mike Rowe au piano, pour revisiter dans un cadre intime les deux pierres angulaires de sa carrière : "Wonderwall" (le premier de mes nombreux souvenirs marqué par les mélodies et les paroles des frères Gallagher) version révisée qui ressemble un peu trop à celle de Ryan Adams mais déclenche une suite passionnante qui rend presque difficile d'entendre la voix du chanteur tellement les voix des spectateurs se mélangent dans un grand chœur qui semble lui être dédié «
And after all, you are my wonderwal...»... aussitôt on enclenche une version de "Supersonic" (premier single d’Oasis en 1994... mon cœur bat immédiatement)... même si sans guitares électriques et la voix de Liam la chanson perd un peu de son entité, elle reste encore l'un des hymnes évidemment bien accueilli. Tous les doutes et les possibles déceptions disparaissent. La voix de Noel et celle du public ne font qu'une, accompagnée seulement par la guitare acoustique et par clavier de Mike Rowe. L'exécution donne des frissons, deux morceaux chantés dans la version originale de Liam... tous les spectateurs sont emportés par cette voix désormais familière, raffinée et qui ne révèle aucune faiblesse. On poursuit, "AKA… What a Life" ne pouvait pas manquer, suivie par le morceau historique "Talk Tonight" (encore un B - Side de Oasis) dans une version agressive, plus rock de l’originale. Encore deux chansons du nouvel album "Soldier Boys and Jesus Freaks" et "AKA… Broken Arrow" avant d’écouter la magique "Half The World Away" destinée aux vrais fans de Noel, chantée par tout le monde du début à la fin et accompagnée par une frappe des mains constante. "(Stranded On) The Wrong Beach", une perle, une des meilleurs chanson de son album, referme le Set devant des centaines de bras levés pour saluer le groupe sur le refrain «
Say so long, baby bye bye...». Noel, le vrai rocker même si mélodique et avec la voix pas irritée, quitte la scène et on commence tristement à respirer un air de fin.

En quelques minutes on consomme cette sortie et le retour sur scène pour le rappel,
l'acte final du concert qui coïncide également avec la partie plus intense, confiés à ceux qui étaient trois lances de bataille pour Oasis, chantés par Noel à l'origine : "Little By Little", extrait du 5ème album Heathen Chemistry de 2002, suivit de "The Importance of Being Idle", extrait du 6ème album Don't Believe the Truth du 2005 et le désormais classique et vrai hymne des fans "Don't Look Back In Anger", extrait du 2ème album (What's the Story) Morning Glory? de 1995 et ouvert par les notes d'"Imagine" de J. Lennon. Émotions et chants de stade pour cette dernière chanson à l'intensité maximale, dans une version fugueuse supérieure à l’original, qui mettra le mot définitif de fin au concert. Noel, comme d’habitude, laisse la tache du chant du refrain au public «
So Sally can wait, she knows its too late...» parce qu'évidemment tout le monde le connait par cœur, comme si Sally soit devenue un proche parent. Ce chœur unique montre la passion et l'enthousiasme pour le retour d'un personnage important du passé dans le présent. Après ce rappel impeccable en souvenir des temps anciens, mais avec tant de gloire vers l'avenir, qui a satisfait les fans d'Oasis, Noel et sa bande saluent détendus et à l'aise en face de l'enthousiasme du public et puis s’en vont, comme après un travail, avec les mains dans les poches, conscients d'avoir fait une bonne prestation (le concert à été filmé! C+?). Les fans restent un peu perplexes, réticents à abandonner leur position, immobiles, les yeux fixes sur la scène pendant quelques minutes, souhaitant un retour du groupe à la scène pour entendre éventuellement "The Masterplan"... un espoir qui part rapidement en fumée.